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LA SECU

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21 mars 2009 6 21 /03 /mars /2009 11:40

Discours de la délégation du personnel

 

 

Intervenant au nom de l'intersyndicale représentant les personnels, je vais axer mon intervention sur les effets et les risques que représente la situation actuelle des hôpitaux pour tous les agents de l'hôpital, sur ce que ressentent nos collègues dans cette situation de crise.

Il faut déjà tordre le cou à l'image d'un personnel hospitalier qui serait représentée par une infirmière brave ne méritant que des éloges tant elle est dévouée et a le sens du sacrifice. Cette image d'Epinal si elle donne bonne conscience aux ministres et à leur chef, ne sert qu'à masquer l'ampleur des difficultés que connaissent les hospitaliers. D'abord, il n' y a pas que des infirmières à l'hôpital mais tout un personnel au service de leur fonction et qui a autant de mérite que les infirmières. D'autre part, les infirmières sont des professionnelles, des travailleuses qui au même titre que tous les travailleurs effectuent une prestation de travail en contre partie d'un salaire. Elles ne demandent pas qu'un président s'apitoie sur leur servitude mais qu'elles soient reconnues socialement et professionnellement. Exemple de ce mépris, la ministre envisage de ne reconnaître le niveau de qualification des infirmières à bac + 3 que pour celles qui sont diplômées après 1996 et en contre partie du recul de leur age d'ouverture des droits à la retraite !

Ensuite, il faut comprendre le quotidien d'un hôpital sous restriction budgétaire dont on sait que le premier poste à en pâtir, ce sont les dépenses en personnel. Dont les effets se traduisent par des rappels sur les jours de repos pour assurer les remplacements, les modifications constantes de plannings, l'incertitude de savoir si l'on pourra passer son week-end en famille, les frais supplémentaires pour organiser la garde des enfants au jour le jour, etc, j'en passe et pas des meilleurs. Puis il y a le matériel qui permet d'assurer les soins quotidiens qui manquent et où chacun d'entre nous bricole pour pouvoir travailler, les infirmières achètent leur garrot en ville, l'oxygène est administrée avec des sondes rectales, le matériel à usage unique est réutilisé, etc...Sans parler de l'hôpital qui s'installe dans cette crise. Devrons-nous attendre une nouvelle crise sanitaire pour réagir. Il me semble utile de rappeler les conclusions en 1999, des élèves de l'ENA à la suite des crises sanitaires du sang contaminé, de l'hormone de croissance et de la vache folle. La confusion des intérêts économiques et sanitaire a en effet suscité des décisions souvent biaisées et ne prenant que partiellement en compte l'obligation de sécurité des individus. L'origine de ces trois crises semblent résider dans la concentration, entre les mains des mêmes autorités administratives ou politiques, des responsabilités de gestion et de contrôle d'un secteur industriel ou sanitaire, ainsi que de l'expertise.

En asphyxiant financièrement les hôpitaux, nos gouvernants prennent le risque, qu'ils n'assumeront pas (comme pour la canicule), de multiplier les crises sanitaires, non plus à un échelon national mais au niveau local. De toutes les façons, les victimes en seront encore les plus humbles.

Cette politique de restriction budgétaire se traduit durement dans la gestion des hôpitaux notamment par la précarisation des emplois, à l'hôpital de Hyères sur trois ans, l'évolution des effectifs rémunérés en emploi stable est de moins 22 % quand dans le même temps le recours aux emplois précaires a augmenté de 95 % pour les CDD et de 155 % pour les intérimaires !

Elle se traduit dans les comportements de plus en plus rétrogrades et associaux des directions. Nous étions déjà habitués aux entraves à l'exercice des fonctions des représentants du personnel. (Curieusement la Loi ne sanctionne pas ces délits dans les hôpitaux.) Nous sommes habitués au dialogue social de sourd où les instances représentatives sont méprisées, leurs droits bafoués. Mais aujourd'hui, même les femmes enceintes ne sont plus protégées à l'hôpital et sont licenciées sans vergogne au mépris des droits les plus élémentaires, cela est d'autant plus symbolique puisqu'il s'agit de sage-femme. Les agents sont spoliés dans leurs droits aux congés annuels, dans leurs droits à la protection contre les accidents de travail. J'en passe et encore une fois pas des meilleures, nous en sommes à plusieurs contentieux judiciaires en l'espace de quelques mois.

Et tout cela avant la loi Bachelot qui va renforcer les pouvoirs des directions.

Il faut que les parlementaires entendent et comprennent les inquiétudes des personnels vis à vis de cette Loi. Seuls les directeurs d'hôpitaux la défendent contre tous les personnels médicaux, soignants, techniques et médico-technique. C'est la première fois que dans les hôpitaux, un projet de loi rencontre une telle hostilité.

Comme notre président aime bien le concret, même si cela dérange, je vais être pragmatique. Tout d'abord quel est l'objectif avoué de cette Loi et surtout qu'est-ce qui n'est pas dit. Le titre premier porte sur : La modernisation des établissements de santé. On nous explique que l'hôpital est malade de son organisation. Mais on oublie de dire que son asphyxie financière est organisée, bloquant les investissements pour maintenir les centres hospitaliers à un haut niveau de performances. Pour information, en 2006, les établissements privés qui n'accueillent qu'un tiers des malades, ont reçu près de la moitié des investissements publics pour la modernisation des établissements de santé. Leur permettant de générer plusieurs milliards de dividendes par an reversés aux actionnaires. A qui n'a t-on pas donné les moyens de se moderniser ?

L'hôpital ne sera plus sous l'administration des élus, des soignants et des usagers mais sous celle d'un conseil de surveillance avec un renforcement important des pouvoirs des directeurs. La logique comptable et financière prend le pas sur la logique de santé.

Le titre second porte sur l'accès de tous à des soins de qualité. Entre 2005 et 2006, après la mise en place de la tarification à l'activité. Si les hôpitaux sont étranglés financièrement, dans le privé, des logiciels ont été mis au point pour optimiser, non pas la qualité des soins, mais leur tarification avec pour objectif d'assurer la paiement maximum, sans parler des actes inutiles. Sur la même période, les dépassements d'honoraires dans les établissements à but lucratif ont atteint plus de 470 millions par an. Qui doit-on assainir pour permettre l'égalité d'accès aux soins sur la territoire?

Le titre III, c'est celui qui a été le plus médiatisé au grand bénéfice des viticulteurs et surtout des grandes marques de boissons alcoolisées.

Le titre IV porte sur l'organisation territoriale du système de santé. Les hôpitaux seront regroupés ou fusionnés dans un territoire de santé sous l'autorité du directeur de l'hôpital référent du secteur. Les hôpitaux de ce territoire partageront un projet médical, d'où les regroupements d'activités et les équipes soignantes. Plus rien n'empêchera une aide-soignante de La Seyne/Mer d'aller faire un remplacement à Brignoles. Plus rien n'empêchera de rationaliser les moyens pour mettre en commun les fonctions supports. Cela veut dire, regroupement des activités du même type des différents hôpitaux, une cuisine centrale, des services administratifs communs, une logistique commune, etc... Et surtout une diminution des effectifs en personnel. Il est à craindre plusieurs centaines de suppressions d'emploi dans le secteur pour les toutes prochaines années à venir.

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